Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/307

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

re équivoque sur ses lèvres, il attendait la décision d’Antoinette.

Tout-à-coup, elle plaça sa main sur le bras de Louis, et comme il se penchait vers elle, elle lui dit :

— Ô Louis, cher Louis ! je vous en conjure, laissez-moi danser avec lui. Je suis déjà assez malheureuse, ne cherchez pas à me rendre plus misérable encore.

Sa pâleur, ses yeux baignés de larmes, l’accent de sa voix touchèrent le cœur généreux de Beauchesne, qui inclina silencieusement la tête en signe d’assentiment.

En passant brusquement, presque rudement, le bras de sa femme sous le sien, Sternfield lança sur son rival un regard plein de mépris et d’arrogance que celui-ci lui rendit avec usure.

— Quelles paroles doucereuses disais-tu donc à cet idiot, qui ont pu le faire céder dans ses insolentes prétentions ? demanda-t-il aigrement à sa femme quand ils eurent pris leur place en danse.

Antoinette n’osa pas répondre, car ses paupières étaient chargées de larmes prêtes à tomber, et il y avait dans sa gorge une espèce de suffocation qui dépassait presque son contrôle : elle ne voulait pas de scène, et elle sentait qu’elle était bien près d’en avoir une.

— Retiens bien l’amical avertissement que je vais te donner, ma chère, continua Audley. Mets une prompte fin à tes coquetteries avec ce jeune homme, ou je le ferai pour toi, et ce d’une manière plus sommaire et