Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/309

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toute son âme ; et, comme tu ne t’occupes pas le moins du monde de ton mari, il est difficile de dire en qui peuvent être placées tes affections incertaines.

Que pouvait-elle dire à ce bourreau impitoyable et sans cœur qui se moquait de ses dénégations, qui riait de ses protestations ? Les paroles étaient impuissantes. Ses mains serrées l’une dans l’autre, et ses lèvres blanches comme le marbre, elle resta assise, déterminée à tout écouter, à tout souffrir avec patience. N’avait-elle pas elle-même, dans un moment d’aveugle folie, comblé cette coupe d’infortunes, et devait-elle murmurer maintenant en en goûtant l’amertume ?

Encouragé ou exaspéré par son silence, il poursuivit :

— Jusqu’ici tu t’es, montrée aussi ferme et aussi inébranlable que le bronze dans ton caprice favori ; tu m’as refusé avec persistance les mots tendres, les caresses affectueuses, tout ce qu’enfin les jeunes filles les plus scrupuleuses accordent souvent à leurs cavaliers. Eh ! bien, qu’il en soit ainsi. Tu as été fidèle à ta marotte, je le serai à la mienne. Je te défends de sortir, de te promener, de flirter avec qui que ce soit, dont je pourrais être jaloux. Si, négligeant cette recommandation, qui est un ordre de ma part, tu me désobéis, j’irai trouver ton cavalier actuel, maître Louis, ou n’importe quel autre, je l’insulterai publiquement et je le frapperai : sur ta tête en retombera la responsabilité. Puisque tu ne m’aimes pas, je t’apprendrai au moins à me craindre.