Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/310

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Ces paroles furent prononcées avec cette sauvage dureté qui était à temps donné particulière à sa voix et qui offrait un frappant contraste avec son accent ordinairement si harmonieux.

— Eh ! bien, Dieu me montrera peut-être de cette pitié que vous me refusez ! dit-elle tandis qu’une vive douleur crispait ses traits.

En ce moment, ses yeux rencontrèrent le regard fixe et triste de Louis, qui se tenait à distance, suivant apparemment la danse, mais concentrant en réalité toute son attention sur elle-même. Cependant, il partit ; mais deux autres yeux également scrutateurs étaient fixés sur eux : c’étaient ceux du digne docteur Manby qui, le visage pourpre d’une indignation à peine contenue, s’élança soudainement vers le major Sternfield.

— Je voudrais bien savoir, dit-il à mi-voix, quels sont les absurdes propos que vous débitez à mademoiselle de Mirecourt. C’est vous qui avez chassé le sourire de ses lèvres et les couleurs de son visage.

Le jeune major se redressa et demanda ce que Manby voulait dire ?

— Le docteur Manby veut dire ce qu’il dit, répondit-il froidement ; il n’aime pas à voir une jeune fille qui est sa patiente soumise à la frayeur et aux chagrins plus que sa santé et sa raison ne peuvent en supporter : dans ce cas, il se croit obligé d’intervenir. Allons, Sternfield, — continua-t-il en se radoucissant un peu, —