Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/331

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que voici, et qui a célébré la Cérémonie, est en mesure de corroborer mon dire. Dis-le à ton tour, belle fiancée : renies-tu ma possession légitime ?

Antoinette était excessivement émue ; cependant, elle réussit à répondre avec assez de calme :

— Je ne cherche nullement à le nier, Audley. D’ailleurs, pourquoi le ferais-je ? Ce n’est pas moi, mais bien vous-même qui avez toujours insisté pour garder notre mariage secret.

— Eh ! bien, je le reconnais maintenant ce mariage. Ainsi, docteur, vous voyez que je laisse après moi une jeune et jolie veuve pour « déplorer ma perte prématurée » et compléter ainsi gracieusement le paragraphe qui annoncera mon décès… N’ayez pas l’air aussi fâché contre moi, Manby… continua-t-il en s’adressant au chirurgien qui avait paru froissé en voyant Antoinette cruellement blessée par la persistance que son mari mettait à la railler. — Vous connaissez le proverbe anglais ruling habit, strong in death ; j’ai tellement pris l’habitude de tourmenter et persécuter cette jeune femme depuis, qu’elle m’appartient, que je ne puis résister à la tentation de continuer à la traiter ainsi même en ce moment. Mais prenez un siège si vous êtes assez revenu de votre étonnement, tâtez mon pouls et dites-moi combien il me reste de moments à vivre.

À peine revenu de la stupéfaction où l’avait jeté la révélation qu’il venait d’entendre, le chirurgien prit la