Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/352

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avait remarqué que c’est un grand avantage pour une profession de pouvoir rendre des services aux hommes réunis. Ainsi, un peintre ne rend que des services isolés à celui dont il fait le portrait ou qui achète son tableau. Au contraire, un chanteur rend des services, pour employer la langue économique, ou, d’une façon plus vulgaire, donne de l’agrément à mille, à deux mille, à trois ou quatre mille personnes assemblées dans le même lieu. Que chacun de ces mille, deux mille ou trois mille individus lui paye une rétribution, même légère, un ou deux francs, et voilà immédiatement le chanteur qui devient l’égal, au point de vue des bénéfices, de l’industriel le plus habile, du commerçant le plus ingénieux. Ajoutez que les qualités moyennes, celles qui tiennent à l’instruction et à l’éducation, étant très répandues, les chanteurs ou les acteurs médiocres, ceux qui tiennent les seconds rôles et que l’on appelle des « utilités », à. plus forte raison les figurants, les musiciens de l’orchestre, n’obtiennent qu’une faible rémunération. Le « premier sujet », se fait et reçoit la part du lion ; les autres vivent tout au plus dans l’aisance, parfois même dans la gêne. Des quatre ou cinq’cents personnes qui collaborent à la représentation d’un opéra comme musiciens, choristes, figurants, danseurs, danseuses, chanteuses et chanteurs, deux ou trois gagnent à eux seuls autant que tous les autres réunis. Nous ne dirons pas que ce soit justice, car on peut ne pas s’accorder sur ce qu’est en pareil cas la justice mais c’est inévitable, c’est la force des choses c’est le prix naturel que les hommes, de leur plein gré, mettent aux services. On aimera mieux aller entendre même seule la Patti ou la Nilson que trois cents choristes, figurants, gens d’orchestres avec quelques médiocres utilités, s’escrimant sans qu’aucune étoile de premier ordre vienne à resplendir au milieu d’eux.

Tel est l’effet de notre civilisation moderne tous les avantages acquis, tenant principalement l’instruction et à l’éducation, elle les répand, les propage, les généralise, elle les universalise presque, par conséquent elle les déprécie, puisqu’elle leur enlève cette qualité inestimable qui a nom rareté. Tous les