Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/142

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le produit net soit, selon toutes les vraisemblances, aussi considérable. La conversion en herbe des terres en labour y gagne sans cesse du terrain. En 1870, dans l’Angleterre proprement dite, on recensait 18,335,000 acres (7,317,000 hectares) de terres arables, soit 60 pour 100 du territoire ; en 1878, on n’en comptait plus que 17,943,000 (7, 356, 630 hectares) ou 56 et demi pour 100 du territoire. Au contraire, en 1870, l’étendue des pâturages ne s’élevait qu’à 12, 073, 000 acres, ou 4, 950, 000 hectares, soit environ 40 pour 100 du territoire. En 1877, la superficie occupée par les pâturages représentait 43 pour 100 du territoire et s’élevait à 13,911,000 acres (5, 703, 000 hectares). Les herbages avaient gagné dans cet intervalle 1,800,000 acres, ou 720,000 hectares, environ 100, 000 hectares par an la moitié de ce gain s’était effectuée aux dépens des terres arables[1] ; mais l’augmentation de production de ces dernières a sans doute compensé cette légère perte.

Il est probable que cette transformation continuera, quoique parmi les agriculteurs anglais quelques-uns soient partisans de la culture ininterrompue du blé sur les mêmes terres. Il y aurait, cependant, une grande exagération à penser que la production du blé dût finir par disparaître des contrées européennes. En supposant qu’en Angleterre, au lieu d’occuper 7,356,000 hectares comme en 1878, elle ne s’étendît plus que sur 5 millions d’hectares, et il faudra probablement plusieurs quarts de siècles avant qu’on en arrive là, le perfectionnement des méthodes agricoles rendrait, selon toute vraisemblance, ces 5 millions d’hectares aussi productifs que les 7 millions et demi aujourd’hui emblavés. Il en serait de même en France quand les étendues de céréales devraient s’y réduire de 30 pour 100 et n’être plus que de 5 millions d’hectares, il suffirait que la production moyenne atteignît 20 hectolitres au lieu de 14 pour que la production indigène ne baissât pas malgré la réduction des superficies ensemencées[2]. Des améliorations de ce genre

  1. Ces chiffres sont empruntés à un article de the Economist paru au commencement de 1879.
  2. Les surfaces ensemencées en froment et en méteil étaient de 7,286,000 hectares en 1878.