Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/164

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Nous avons écarté le premier de ces modes comme contraire à la marche et aux intérêts de la civilisation. Nous faisons de même pour la propriété communale. Restent l’occupation de la terre par des associations coopératives ou par des communautés de famille (ce dernier système est vanté par M. Le Play) et la petite propriété. En face de ces deux modes se dresse la grande propriété, la propriété capitalistique (si nous pouvons parler ainsi) avec le caractère envahissant qu’elle montre en quelques pays et qu’on lui prête en d’autres, les latifundia.

Nous allons examiner les mérites de ces divers régimes, rechercher sur chacun d’eux l’influence de la civilisation. Est-ce à la petite propriété ou à la propriété géante, est-ce encore à la propriété des associations de paysans ou à celle des vastes sociétés de capitaux que la civilisation donnera la prédominance ?

Au commencement de ce siècle sur le Continent l’alarme venait surtout du morcellement de la terre, de l’émiettement du sol. La plupart des hommes d’État et des publicistes en concevaient les inquiétudes les plus exagérées. Aujourd’hui les craintes sont retournées et viennent du côté opposé. M. de Laveleye, dans son ouvrage sur la Propriété et ses formes primitives redoute la reconstitution et l’invasion des propriétés énormes, latifundia. Quelques écrivains qui se préoccupent de l’agriculture américaine ou australienne ont les mêmes terreurs. M. Louis Blanc dans des discours prononcés en 1879 ou au commencement de 1880 est en proie à ces appréhensions. On les retrouve aussi dans la correspondance échangée en 1879 entre M. de Bismarck et un agriculteur bavarois, grand partisan des droits sur les céréales.

Cette opinion ne manque pas d’arguments qui sont surtout des arguments par analogie. On induit de la concentration qui s’est produite dans l’industrie et dans le commerce qu’une concentration du même genre doit à la longue se produire dans l’exploitation du sol et dans la propriété foncière. Pour la culture, comme pour la fabrication ou pour la distribution des produits, l’emploi des machines, l’économie des frais géné-