Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/192

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C’est cet être adonné à la fainéantise, ce privilégié, qui impose à l’ouvrier ce qu’on a appelé la « servitude du loyer, » joug dont le poids s’accroît chaque année. Cela est-il juste ? Dans une de ces réunions publiques si bruyantes de la fin du second empire nous entendions, à la salle de la Redoute, un socialiste de quelque éloquence, M. Brionne, s’écrier que le loyer devait disparaître, et que, bien loin que le locataire dût quelque chose au propriétaire, c’était ce dernier qui était redevable au premier : le locataire, en effet, d’après cet ingénieux raisonnement, rendait service au propriétaire en entretenant la maison de celui-ci, puisqu’une maison habitée se conserve mieux qu’une inhabitée. Il est sans doute superflu de s’attacher à répondre à des pauvretés de ce genre, et de faire remarquer que la plupart des maisons dans les grandes villes n’étant construites que pour être louées, on n’en bâtirait plus une seule si on ne se croyait assuré d’en retirer un profit, si bien que ceux qui ne seraient pas assez riches pour se construire une maison à eux-mêmes devraient coucher à la belle étoile.

Laissons de côté ces sophismes dont l’exagération est trop flagrante. Il n’en est pas moins vrai que la propriété urbaine est critiquée pour la plus-value presque constante qu’on croit constater dans les revenus qu’elle fournit à son heureux propriétaire. Puis la propriété d’une maison ne se compose pas seulement d’un édifice, qui est l’œuvre de l’homme. Les lois de la gravitation empêchent que cet édifice ne repose dans l’air et s’y soutienne. Il y a une part de sol incorporée dans la maison or ce sol devrait être, d’après les critiques, une propriété commune. Il ne devrait avoir aucun prix : il ne devrait entrer pour rien dans le loyer ; car ce n’est pas le propriétaire de la maison qui a créé ce sol ; il n’y a même rien fait, en général ce n’est pas lui qui a percé les voies de communication ou rues grâce auxquelles seules le sol devient propice à recevoir des maisons. Le sol urbain, beaucoup plus encore que le sol rural, devrait donc être propriété commune. Il n’en est rien ; le sol urbain, devenu approprié, et morcelé en carrés ou en rectangles que l’on appelle terrains, prend une valeur énorme dont le travail