Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/416

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’ouvrier pour qu’une grève n’aboutisse pas. On l’a vu notamment à Lyon en mai 1879 où les ouvriers tisserands ont obtenu gain de cause contre leurs patrons qui voulaient réduire les salaires de 20 a 23 p. 100. Cependant, on sait que l’industrie lyonnaise est organisée encore comme autrefois, que le fabricant n’y est pas propriétaire de l’outillage, qu’il a par conséquent moins de capitaux engagés. Mais les patrons lyonnais en 1879 craignaient, si la grève venait à se prolonger, de perdre leur clientèle, leurs relations commerciales[1].

Les changements accomplis dans les lois, dans les mœurs dans l’industrie sont tels que la situation de l’ouvrier est devenue, vis-à-vis du patron, incomparablement plus forte qu’autrefois. On peut craindre même qu’il n’en abuse et qu’il ne finisse par nuire sérieusement à l’industrie de l’Europe : qu’il y prenne garde, les Indiens, les Chinois, les Japonais, ces sobres et habiles Asiatiques, et un jour peut-être aussi les Africains, se tiennent aux aguets : dans quinze ou vingt ans, tout au plus dans cinquante ans, il y aura dans toutes ces contrées des chemins de fer, des machines, de grandes usines, et qui sait si le labeur opiniâtre de ces concurrents nouveaux, se contentant d’une poignée de riz pour vivre, ne viendra pas troubler dans leur victoire nos ouvriers transformés en sybarites !



  1. Les nombreuses grèves qui ont éclaté à Paris dans le courant de 1879 et de 1880 ont presque-toutes réussi. Aussi la maison Chaix, en publiant au mois d’octobre 1880 la Série officielle des prix de la ville de Paris, annonçait-elle que cette série des prix était « entièrement remaniée par suite de l’augmentation des prix de journée pour les différents corps d’état ».