Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/65

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ses voies de communication, il est juste qu’il paie une légère contribution, un prix d’achat.

Quoique la terre soit ainsi presque à la gratuite disposition de tout amateur à très-peu de distance des confins de la colonisation américaine, on ne voit pas que les ouvriers des États de l’est de la Nouvelle-Angleterre, se soient empressés d’aller s’emparer de cet instrument, qui paraît un monopole aux yeux de leurs frères d’Europe. Il n’est pas rare que des travailleurs soient assujettis à mille privations dans les États de New-York ou de Massachussets, même dans l’État plus central de Philadelphie, que parfois même ils subissent les tortures de la misère et de la faim, sans que la pensée leur vienne d’aller un peu plus à l’Ouest et de se faire eux aussi propriétaires. Ceux qui ont eu cette hardiesse ne paraissent pas tous tant s’en faut avoir a s’en féliciter. La plupart des farmers du Far-West ne sont pas dans une position opulente, ni même très-attrayante : l’Economist de Londres en faisait, dans le courant de l’année 1878, une description qui n’était pas séduisante pour les émigrants. La littérature même a fait un tableau navrant des mécomptes de ces pauvres agriculteurs du vieux monde que le style des prospectus avait entraînés à acquérir de compagnies financières des terres aux États-Unis. Aucun lecteur n’a oublié les pages si poignantes que contient sur ce point le célèbre roman de Dickens, Martin Chuzzlewit. Les gouvernements européens ont dû plusieurs fois prévenir leurs émigrants du sort misérable qui les attendait dans les concessions gratuites de terres que leur offraient le Brésil et d’autres États de l’Amérique du Sud. Au moment où nous écrivons (décembre 1879) un farmer (propriétaire exploitant) du Wisconsin, Anglais de naissance, publie dans le Times une lettre où il détourne les fermiers de la Grande-Bretagne de venir chercher fortune aux États-Unis[1].

Ce qui est incontestable, c’est que, absolument vierge de tout travail du possesseur et de tout travail social environnant, la

  1. Voir l’Économiste français du 20 décembre 1879.