Page:Lettre aux citoyens de couleur et nègres libres de Saint-Domingue, et autres isles françoises de l’Amérique.djvu/6

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une dette ; y manquer eût été un crime de notre part et une tache à la constitution. Les législateurs d’une nation libre pouvoient-ils faire moins pour vous que nos anciens despotes ?

Il y a plus d’un siècle que Louis XIV avoit solemnellement reconnu et proclamé vos droits ; mais ce patrimoine sacré avoit été envahi par l’orgueil et la cupidité qui, graduellement, agravoient votre joug et empoisonnoient votre existence. La résurrection de l’empire François ouvrit vos cœurs à l’espérance, et ce rayon consolateur adoucit l’amertume de vos maux. À peine les soupçonnoit-on en Europe ; les colons blancs, qui siégeoient parmi nous, se plaignoient très-vivement de la tyrannie ministérielle ; mais ils n’avoient garde de parler de la leur. Jamais ils n’articuloient les plaintes des malheureux sang-mêlés, qui toutefois sont leurs enfans ; et c’est nous qui, à deux mille lieues de distance, avons été contraints de défendre les enfans contre le mépris, l’acharnement, contre la cruauté de leurs pères. Mais vainement on a tenté d’étouffer vos réclamations ; vos soupirs, malgré l’étendue des mers qui nous séparent, vos maux ont retenti dans