Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/152

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La réaction comptait sur la famine pour faire capituler l’Hôtel-de-Ville. Le million du lundi était englouti. Le 22, la Banque en promettait un second et versait 300 000 francs d’à-compte. Varlin et Jourde vinrent le soir chercher le solde ; on les promena. Ils écrivirent : « Monsieur le gouverneur, affamer la population parisienne, telle est l’arme d’un parti qui se dit honnête. La faim ne désarmera personne, elle ne fera que pousser les masses à la dévastation. Nous ramassons le gant qui nous a été jeté. » Et, sans daigner voir les Fracasses de la Bourse, le Comité envoya deux bataillons devant la Banque qui dût s’acquitter.

Il ne négligeait rien pour rassurer Paris. De nombreux repris de justice avaient été lâchés sur la ville. Le Comité les dénonça à la vigilance des gardes nationaux, écrivit sur les portes de l’Hôtel-de-Ville : « Tout individu pris en flagrant délit de vol sera fusillé. » La police de Picard n’avait pu venir à bout des jeux qui, depuis la fin du siège encombraient la voie publique. Duval y réussit par un simple arrêté. Les soldats restés à Paris furent assimilés à la garde nationale. Le grand épouvantail des réactionnaires était le Prussien, dont Jules Favre annonçait l’intervention prochaine. Le commandant de Compiègne avait écrit au Comité : « Les troupes allemandes resteront passives tant que Paris ne prendra pas une attitude hostile. » Le Comité avait répondu : « La révolution accomplie à Paris a un caractère essentiellement municipal. Nous n’avons pas qualité pour discuter les préliminaires de paix » ; et il publia les dépêches [1]. Paris était sans inquiétude de ce côté.

La seule agitation venait des maires. Le 23, autorisés par M. Thiers, ils nommaient commandant de la garde nationale le furibond de la séance du 21, l’amiral Saisset, lui adjoignaient Langlois et Schœlcher, s’efforçaient d’attirer du monde place de la Bourse où se

  1. C’est ce que les bons auteurs ont appelé l’entente avec les Prussiens, les complaisances pour les Prussiens. M. Jules Claretie s’indigne que le Comité Central n’ait pas jeté Paris sur les Allemands.