Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/419

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cours martiales et tribunaux révolutionnaires, les généraux et officiers étrangers, les déserteurs, les assassins de Montmartre, de la Roquette et de Mazas, les pétroleurs et les pétroleuses, les repris de justice, devront être passés par les armes… La loi martiale devra s’appliquer dans toute sa rigueur aux journalistes qui ont mis la torche et le chassepot aux mains de fanatiques imbéciles… Une partie de ces mesures ont déjà été mises en vigueur. Nos soldats ont simplifié la besogne des cours martiales de Versailles en fusillant sur place ; mais il ne faut pas se dissimuler que beaucoup de coupables ont échappé au châtiment… » Ce Figaro publia, en guise de feuilleton, l’historique des derniers jours de l’Hôtel-de-Ville [1], et le Gaulois réédita au compte de Delescluze une histoire sadique attribuée en 48 à Ledru-Rollin [2].

Les dénonciations et les arrestations reprirent plus fort. On mit la main sur Jourde, Rossel, Ferré, Paschal Grousset que la foule voulut écharper, sur Courbet dont Dumas fils célébra ainsi la prise : « De quel accouplement fabuleux d’une limace et d’un paon, de quelles antithèses génésiaques, de quel suintement sébacé peut avoir été générée cette chose qu’on appelle Gustave Courbet ? Sous quelle cloche, à l’aide de quel fumier, par suite de quelle mixture de vin, de bière, de mucus corrosif et d’œdème flatulent a pu pousser cette courge sonore et poilue, ce ventre esthétique, incarnation du Moi imbécile et impuissant. » Le maigre torche-cul des bourgeois eût trouvé très naturel qu’on anéantît l’œuvre de Courbet. Le conseil municipal d’Ornans, sa ville natale, partageant cet avis, mit à bas une de ses œuvres qui ornait la fontaine publique.

La presse illustrée qui parle plus vivement à l’imagination ne manqua pas de donner aux fédérés et à leurs femmes des attitudes et des physionomies abjectes.

Il y eut, pour l’honneur français, quelques traits de cœur et même d’héroïsme dans cette éruption de lâcheté. Vermorel fut recueilli par la femme d’un con-

  1. Appendice XLII.
  2. Appendice XLIII.