Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/60

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musiques contemporaines sont d’un caractère si affligé, qu’on les prendrait d’abord pour les notes d’un convoi funèbre.

Les Polonaises du Pce Oginski ’), dernier grandtrésorier du Grand-Duché de Lithuanie, venues ensuite, acquirent bientôt une grande popularité en imprégnant de langueur cette veine lugubre. Se ressentant encore de cette coloration assombrie, elles la modi6ent par une tendresse d’un charme naïf et mélancolique. Le rhythme s’affaisse, la modulation apparaît, comme si un cortége, solennel et bruyant jadis, devenait silencieux et recueilli en passant auprès de tombes dont le voisinage éteint l’orgueil et le rire. L’amour seul survit, errant dans ces alentours et répétant le refrain que le barde de la verte Erin surprit aux brises de son île : Love born of sorrow, like sorrow, is truel L’amour né de la douleur, est vrai comme elle.

Dans ces motifs si connus du Pce Oginski, on croit toujours entendre quelque distique d’une pensée analogue, planer entre deux haleines amoureuses ou se faire deviner dans des yeux baignés de larmes. Plus tard, les tombeaux sont dépassés, ils reculent ; on ne les aperçoit plus que de loin en loin. La vie, l’animation reprennent leur cours ; les impressions douloureuses

1) L’une d’elles, celle en fa majeur, est restée particulièrement célèbre. Elle à été publiée avec une vignette qui représente l’auteur se brûlant la cervelle d’un coup de pistolet, commentaire romanesque qu’on a longtemps pris à tort pour un fait véritable.