Page:Littérature Contemporaine - Volume 37, 1887.djvu/100

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Elle versait ô bonheur !
Le jus divin qui m’inspire,
Et je buvais son sourire
Avec la vieille liqueur.
Ne verse (plus le problème
Con tient, dans ce souvenir :
J’aurais dû ne pas venir
y Je ne t’aime pas, je l’aime !

Évariste Carrance.


LA MARGUERITE DES PRÉS

IDYLLE


Il est une blanche fleurette
Qui, sous les caresses de Mai,
Ouvre sa fraîche collerette
À l’œil qui s’arrête charmé.

Jeunes, son aspect nous attire ;
Vieux, il semble nous rajeunir :
Chaque âge près d’elle soupire
D’espérance ou de souvenir.

Elle n’a pas ce frais dictame,
Haleine des rosiers en fleurs,
Mais elle sait parler à l’âme,
Elle est l’interprète des cœurs.

Au désir qui la questionne,
Elle répond avec bonté :
Les pétales de sa couronne
Sont un oracle incontesté.

Chaque feuille qui, de l’attente,
Tombe victime tour-à-tour,
Devient pour l’âme palpitante,
Le thermomètre de l’amour…