Page:Littré - Pathologie verbale ou lésions de certains mots dans le cours de l’usage.djvu/88

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targuer n’a plus que l’acception de se prévaloir, tirer avantage. Il est dommage que ce verbe, tout en prenant sa nouvelle signification, n’ait pas conservé la propre et primitive. Les langues, en agissant comme a fait ici la française, s’appauvrissent de gaieté de cœur.

Teint. — Le teint et la teinte sont deux substantifs, l’un masculin, l’autre féminin, qui représentent le participe passé du verbe teindre. Mais, tandis que la teinte s’applique à toutes les couleurs que la teinture peut donner, le teint subit un rétrécissement d’acception et désigne uniquement le coloris du visage ; et même, en un certain emploi absolu, le teint est la teinte rosée de la peau de la face. Le teint est ou plutôt a été un mot nouveau, car il paraît être un néologisme créé par le seizième siècle. Du moins on ne le trouve pas dans les textes antérieurs à cette époque. Toutefois il faut dire que la transformation du participe teint, au sens spécial d’une certaine manière d’être du visage quant à la couleur, a été aidée par l’emploi qu’en faisaient les anciens écrivains en parlant des variations de couleur que la face pouvait présenter. Ainsi, quand on lit dans Thomas martyr, v. 330 :

De maltalent e d’ire e tainz e tressués,

et dans le Romancero, p. 16 :