Page:London - Croc-Blanc, 1923.djvu/138

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bonne politique de laisser celles-ci toujours tranquilles, de se tenir aussi loin d’elles que possible et, en les voyant venir, de les éviter.

Mais le fléau de sa vie était Lip-Lip. Plus âgé, plus grand et plus fort que lui, Lip-Lip avait choisi Croc-Blanc pour son souffre-douleur. Le louveteau se défendait avec vaillance, mais il était out-classed[1].

Son ennemi lui était trop supérieur, et Lip-Lip devint pour lui un vrai cauchemar. Dès qu’il se risquait un peu loin de sa mère, il était sûr de voir apparaître le gredin, qui se mettait à le suivre, en aboyant et en le menaçant, et qui attendait le moment opportun, c’est-à-dire qu’aucun animal-homme ne fût présent, pour s’élancer sur lui et le contraindre au combat. Lip-Lip l’emportait invariablement et s’en glorifiait de façon démesurée. Ces rencontres étaient le meilleur plaisir de sa vie et le perpétuel tourment de celle de Croc-Blanc.

Le louveteau, cependant, n’en fut pas abattu. Si dures que fussent pour lui toutes ces défaites, il ne se soumit pas. Mais la persécution sans fin qu’il subissait eut sur son caractère une influence néfaste. Croc-Blanc devint méchant et sournois. Ce qu’il y avait d’originellement sauvage dans sa nature s’aggrava. Ses poussées joyeuses d’enfant ingénu ne trouvèrent plus d’expression. Jamais il ne lui fut permis de jouer et gambader avec les autres petits chiens du camp. Dès qu’il arrivait

  1. Terme de boxe, signifiant qui n’a pas assez de poids pour être classé. (Note des Traducteurs.)