Page:Londres - Le chemin de Buenos-Aires, 1927.djvu/162

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
164
LE CHEMIN DE BUENOS-AIRES

C’est la scène classique de la présentation de l’arme : un vieux couteau rouillé qui est dans un tiroir de la Préfecture de police. Il date, je crois, de la proclamation de l’Indépendance.

On amène le caftane dans le bureau du couteau. Le fonctionnaire tire le tiroir, sort Je couteau. — Vous aviez ce couteau sur vous ? Si le caftane est un ancien, rompu aux mœurs du pays, il répond : Je l’avais. On lui inflige une multa (amende) de deux cents pesos. Il paye. Il est libre. Si c’est un jeune à l’esprit étroit, il proteste, il se débat. Il jure qu’il n’a jamais vu ce couteau. Il ira à Aizcuanaga[1] jusqu’au jour où, dans un songe inspiré, il lui apparaîtra, qu’en effet, il possédait ce couteau. Il n’est pas défendu de faire de l’esprit devant le couteau. Il suffit de le reconnaître. — Vous aviez ce couteau ? — La fois avant, alors je ne puis l’avoir tout le temps. — Le reconnaissez-vous, oui ou non ? — Je le reconnais parfaitement. — Deux cents pesos de multa.

Il arrive que l’homme qui vient de verser la multa soit arrêté à la sortie du temple de la police. Cela se passe, en général, les veilles de fête. L’argent est nécessaire si l’on veut promener sa famille ! L’homme est contraint de reconnaître le couteau

  1. La plus vieille prison de Buenos-Aires, où l’on déverse toutes les ordures de la ville.