qui leur semblât digne de rompre leur délicieux silence.
— Embrassez-vous, au moins, mes enfants… Mais c’est qu’ils ne se disent rien !… Ah ! mon Dieu, les drôles de petits-enfants que j’ai là par exemple !… Allons, Gaud, dis-lui donc quelque chose, ma fille… De mon temps à moi, me semble qu’on s’embrassait, quand on s’était promis…
Yann ôta son chapeau, comme saisi tout à coup d’un grand respect inconnu, avant de se pencher pour embrasser Gaud, — et il lui sembla que c’était le premier vrai baiser qu’il eût jamais donné de sa vie.
Elle aussi l’embrassa, appuyant de tout son cœur ses lèvres fraîches, inhabiles aux raffinements des caresses, sur cette joue de son fiancé que la mer avait dorée. Dans les pierres du mur, le grillon leur chantait le bonheur ; il tombait juste, cette fois, par hasard. Et le pauvre petit portrait de Sylvestre avait un air de leur sourire, du milieu de sa couronne noire. Et tout paraissait s’être subitement vivifié et rajeuni dans la chaumière morte. Le silence s’était rempli de musiques inouïes ; même le crépuscule pâle d’hiver, qui entrait par la lucarne, était devenu comme une belle lueur enchantée…
— Alors, c’est au retour d’Islande que vous allez faire ça, mes bons enfants ?
Gaud baissa la tête. L’Islande, la Léopoldine, — c’est vrai, elle avait déjà oublié ces épouvantes dressées sur la route. — Au retour d’Islande !… comme ce serait long, encore tout cet été d’attente craintive. Et Yann, battant le sol du bout de son pied, à petits coups rapides, devenu fort pressé lui aussi, comptait en lui-même très vite, pour voir si, en se dépêchant bien, on n’aurait pas le temps de se marier avant ce départ : tant de jours pour réunir les papiers, tant de jours pour publier les bans à l’église ; oui, cela ne mènerait jamais qu’au 20 ou 25 du mois pour les noces, et, si rien n’entravait, on aurait donc encore une grande semaine à rester ensemble après.
— Je m’en vais toujours commencer par prévenir notre père, dit-il, avec autant de hâte que si les minutes mêmes de leur vie étaient maintenant mesurées et précieuses…
