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Page:Loti - Pêcheur d’Islande, 1908, illustr. Rudaux.djvu/104

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deux voix, mêlé au bruissement que la mer faisait en dessous, au pied des falaises. C’était une musique très harmonieuse, la voix fraîche de Gaud alternait avec celle de Yann qui avait des sonorités douces et caressantes dans des notes graves. On distinguait aussi leurs deux silhouettes tranchant sur le granit du mur auquel ils étaient adossés : d’abord le blanc de la coiffe de Gaud, puis toute sa forme svelte en robe noire et, à côté d’elle, les épaules carrées de son ami. Au-dessus d’eux, le dôme bossu de leur toit de paille et, derrière tout cela, les infinis crépusculaires, le vide incolore des eaux et du ciel…

Ils finissaient tout de même par rentrer s’asseoir dans la cheminée, et la vieille Yvonne, tout de suite endormie, la tête tombée en avant, ne gênait pas beaucoup ces deux jeunes qui s’aimaient. Ils recommençaient à se parler à voix basse, ayant à se rattraper de deux ans de silence ; ayant besoin de se presser beaucoup pour se faire cette cour, puisqu’elle devait si peu durer.

Il était convenu qu’ils habiteraient chez cette grand’mère Yvonne qui, par testament, leur léguait sa chaumière ; pour le moment, ils n’y faisaient aucune amélioration, faute de temps, et remettaient au retour d’Islande leur projet d’embellir un peu ce pauvre petit nid par trop désolé.

II

… Un soir, il s’amusait à lui citer mille petites choses qu’elle avait faites ou qui lui étaient arrivées depuis leur première rencontre ; il lui disait même les robes qu’elle avait eues, les fêtes où elle était allée.

Elle l’écoutait avec une extrême surprise. Comment donc savait-il tout cela ? Qui se serait imaginé qu’il y avait fait attention et qu’il était capable de le retenir ?…