soleil, toujours bas et traînant, incapable de monter au-dessus des choses, se voyait à travers cette illusion d’île, tellement qu’il paraissait posé devant et que c’était pour les yeux un aspect incompréhensible. Il n’avait plus de halo, et son disque rond ayant repris des contours très accusés, il semblait plutôt quelque pauvre planète jaune, mourante, qui se serait arrêtée là, indécise, au milieu d’un chaos…
Le croiseur, qui avait stoppé, était entouré maintenant de la pléiade des Islandais. De tous ces navires se détachaient des barques, en coquille de noix, lui amenant à bord des hommes rudes aux longues barbes, dans des accoutrements assez sauvages.
Ils avaient tous quelque chose à demander, un peu comme les enfants, des remèdes pour des petites blessures, des réparations, des vivres, des lettres.
D’autres venaient de la part de leurs capitaines se faire mettre aux fers, pour quelque mutinerie à expier ; ayant tous été au service de l’État, ils trouvaient la chose bien naturelle. Et quand le faux-pont étroit du croiseur fut encombré par quatre ou cinq de ces grands garçons étendus la boucle au pied, le vieux maître qui les avait cadenassés leur dit : « Couche-toi de travers, donc, mes fils, qu’on puisse passer », ce qu’ils firent docilement, avec un sourire.
Il y avait beaucoup de lettres cette fois, pour ces Islandais. Entre autres, deux pour la Marie, capitaine Guermeur, l’une à monsieur Gaos, Yann, la seconde à monsieur Moan, Sylvestre (celle-ci arrivée par le Danemark à Reickawick, où le croiseur l’avait prise).
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Le vaguemestre, puisant dans son sac en toile à voile, leur faisait la distribution, ayant quelque peine souvent à lire les adresses qui n’étaient pas toutes mises par des mains très habiles.
Et le commandant disait :
— Dépêchez-vous, dépêchez-vous, le baromètre baisse.
Il s’ennuyait un peu de voir toutes ces petites coquilles de noix amenées à la mer, et tant de pêcheurs assemblés dans cette région peu sûre.
Yann et Sylvestre avaient l’habitude de lire leurs lettres ensemble.
Cette fois, ce fut au soleil de minuit, qui les éclairait du haut de l’horizon toujours avec son même aspect d’astre mort.
Assis tous deux à l’écart, dans un coin du pont, les bras enlacés et se tenant par les épaules, ils lisaient très lentement, comme pour se mieux pénétrer des choses du pays qui leur étaient dites.
Dans la lettre d’Yann, Sylvestre trouva des nouvelles de Marie Gaos, sa petite fiancée ; dans celle de Sylvestre, Yann lut les histoires drôles de la vieille grand’mère Yvonne, qui n’avait pas sa pareille