de prononcer ce oui ? Il s’étonnait, il avait peur, et elle s’en apercevait bien. Appuyée des deux mains à la table, devenue tout blanche, avec des yeux qui se voilaient, elle était sans voix, ressemblait à une mourante très jolie…
— Eh bien, Gaud, réponds donc ! dit la vieille grand’mère qui s’était levée pour venir à eux. Voyez-vous, ça la surprend, monsieur Yann ; il faut l’excuser ; elle va réfléchir et vous répondre tout à l’heure… Asseyez-vous, monsieur Yann, et prenez un verre de cidre avec nous…
Mais non, elle ne pouvait pas répondre, Gaud ; aucun mot ne lui venait plus, dans son extase… C’était donc vrai qu’il était bon, qu’il avait du cœur. Elle le retrouvait là, son vrai Yann, tel qu’elle n’avait jamais cessé de le voir en elle-même, malgré sa dureté, malgré son refus sauvage, malgré tout. Il l’avait
dédaignée longtemps, il l’acceptait aujourd’hui, — et aujourd’hui qu’elle était pauvre ; c’était son idée à lui sans doute, il avait eu quelque motif qu’elle saurait plus tard ; en ce moment, elle ne songeait pas du tout à lui en demander compte, non plus qu’à lui reprocher son chagrin de deux années… Tout cela, d’ailleurs, était si oublié, tout cela venait d’être emporté si loin, en une seconde, par le tourbillon délicieux qui passait sur sa vie !… Toujours muette, elle lui disait son adoration rien qu’avec les yeux, tout noyés, qui le regardaient à une extrême profondeur, tandis qu’une grosse pluie de larmes commençait à descendre le long de ses joues…
— Allons, Dieu vous bénisse ! mes enfants, dit la grand’mère Moan. Et moi, je lui dois un grand merci, car je suis encore contente d’être devenue si vieille, pour avoir vu ça avant de mourir.
Ils restaient toujours là, l’un devant l’autre, se tenant les mains et ne trouvant pas de mots pour se parler ; ne connaissant aucune parole qui fût assez douce, aucune phrase ayant le sens qu’il fallait, aucune