Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 10.djvu/158

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MESDEMOISELLES LES CHEVALIÈRES DE

LA TABATIÈRE


Voici une « société badine » qui n’a pas été connue d’Arthur Dinaux.

Du jour où, en 1674, le Roi institua la Régie des Tabacs, la mode se répandit à Versailles de priser. Le couplet de Thomas Corneille sur « le tabac divin » est de 1677. Dès cette date, le nouvel usage était admis par les hommes. On s’avisa de l’interdire aux femmes : aussi, vers la fin du règne, « toutes les femmes » prisaient à la cour. (Lettre de la Princesse Palatine, 5 mai 1713.)

Elles avaient même été plus loin. Un soir de 1695, à Marly, « Mme la Duchesse de Chartres et Madame la Duchesse » (Mlle de Blois et Mlle de Nantes) soupaient « après le coucher du Roi, — dit Saint-Simon, — dans la chambre de Mme de Chartres, au château. Monseigneur joua tard dans le salon. En se retirant chez lui, il monta chez ces princesses et les trouva fumoient avec des pipes qu’elles avoient envoyé chercher au corps de garde suisse. »

Devant un pareil exemple, les jeunes filles à leur tour voulurent conquérir le droit à la « prise »