Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 4.djvu/142

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

pleurait sur le lit, les cheveux répandus autour de la tête. Enfin elle se retourna dans un mouvement de colère.

« Pourquoi m’as-tu fait recommencer ? Je suis sûre que le premier coup comptait.

— Si tu as fait vœu, oui. Si tu n’as pas fait vœu, non. Toi seule le sais, dit Djala.

— D’ailleurs, les osselets ne prouvent rien. C’est un jeu grec. Je n’y crois pas. Je vais essayer autre chose. »

Elle essuya ses larmes et traversa la chambre. Elle prit sur une tablette une boîte de jetons blancs, en compta vingt-deux, puis, avec la pointe d’une agrafe de perles, elle y grava l’une après l’autre les vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu. C’étaient les arcanes de la Cabbale qu’elle avait appris en Galilée.

« Voilà en quoi j’ai confiance. Voilà ce qui ne trompe pas, dit-elle. Lève le pan de ta robe ; ce sera mon sac. »

Elle jeta les vingt-deux jetons dans la tunique de l’esclave, en répétant mentalement :

« Porterai-je le collier d’Aphrodite ? Porterai-je le collier d’Aphrodite ? Porterai-je le collier d’Aphrodite ? »

Et elle tira le dixième arcane, ce qui nettement voulait dire :

« Oui. »