Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/176

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monte comme une marée à l’assaut de la vie humaine, et sans cesse, d’année en année, grossit ses vagues de sanglots.


Le cœur s’élargissait tel qu’un soleil du soir. On ne voyait presque plus sa forme, car le sang débordait tout autour de lui.


— Enfin, reprit la Sainte, fais le compte aujourd’hui de tous ceux que tu aimes et sache que pas un d’eux ne sera près de ton chevet le jour où, vieille femme et presque une étrangère dans un monde nouveau, tu mourras, affreusement seule. Tu verras, l’un après l’autre, tes quatre grands-parents si bons et tant aimés disparaître des lieux où tu les embrassais. Tu verras ta mère expirer, peut-être après une agonie dont tu frissonneras pour toujours. Tu mettras ton père mort dans un cercueil de chêne, entre deux couches de sciure de bois pour que sa pourriture ne filtre pas à terre, par les fentes de la caisse reclouée sur son front…

— Ah !!!

Cile, au dernier degré de l’épouvante, criait, pleurait, tendait les mains.

— Non… non… ma Sainte… non… ne me dites pas…

Elle se jeta en suppliant dans les plis du manteau de lumière ; mais, à travers la vision impon-