Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/206

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— Des peccadilles !

— Un aveu terrible… vous ne savez pas.

— C’est de l’imagination !

— J’ai trompé mon mari.


Cette fois je me rassis, complètement égaré.

Au cours de ma carrière, je me suis trouvé être le témoin ou l’acteur de scènes bien singulières, mais celle-là est assurément l’une des plus « fortes » dont j’ai conservé le souvenir.


Elle joignit les mains tout à coup et les souleva au-dessus du lit.

— Oh ! laissez-moi vous dire… vous dire tout… avouer ma faute… pendant que je puis encore parler… Je ne sais pas si la religion romaine est celle que j’aurais dû suivre… mais je sais du moins… je sens que, si quelque chose peut racheter mon crime… si je puis l’expier à ma dernière heure… c’est par la honte de cet aveu !

— Calmez-vous, je vous en conjure !

— Non, ne m’interrompez pas, je soulage mon âme, en vous parlant ainsi… Je me sens moins criminelle de tout ce que j’ose vous dire.

— La plupart des femmes ont plus ou moins trompé leur mari, madame. L’Évangile, lui-même, leur a pardonné…

— Aucune n’a trahi, comme moi dans la seule faute de ma vie, un mari si bon, si parfait…