Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/94

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chemin à suivre par Nemours et Lalla-Marnia, car la grande tribu d’Oudjda n’était point amie de la sienne.

Désignant deux pistolets qui sortaient de sa ceinture jaune, je lui dis :

— Tu es armé.

Il eut une moue de mépris et un mouvement d’épaules.

— Des pétards, murmura-t-il.

À ce moment, nous abordâmes.

Et, quand nous fûmes tous trois à terre, en marche dans la vallée fleurie monte au sortir du village, El Hadj Omar défit un pli de son manteau blanc, prit avec précaution, presque avec respect, le coutelas qu’il tenait caché le long de sa cuisse et le présenta horizontalement.

— Ça, c’est une arme, dit-il.

Ce coutelas était long comme les deux tiers du bras. La poignée en était courte, mais solide et bien en main, sans autre garde qu’une languette de cuivre qui recouvrait le talon. La lame apparut, d’un bleu noir, habillée par les dentelles d’or de ses damasquinures fines, et toute nue au fil du tranchant.

El Hadj Omar pinça la nervure avec le bout du pouce et de l’index. Sa main fila jusqu’à la pointe aiguë, et la contourna en s’échappant, comme si elle eût passé autour du feu.

— Avec ça, dit-il encore, mon frère a tué d’un