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LES AMOURS.

XXXVIII

LES AMOURS[1].




LYCINUS ET THÉOMNESTE.

[1] Lycinus. L’amoureux plaisir, voilà, mon cher Théomneste, la conversation dont tu as rempli depuis ce matin mes oreilles fatiguées d’affaires sérieuses ; car j’avais vraiment soif d’un semblable délassement, quand a coulé fort à propos la source gracieuse de tes discours. Notre esprit est trop faible pour soutenir une application sans relâche, et les travaux opiniâtres demandent que, de temps en temps, on interrompe les réflexions graves pour se livrer aux plaisirs. Le charme et la douceur de tes histoires un peu libertines me divertissent tellement depuis le point du jour, que je m’imagine être presque un autre Aristide[2], enchanté des fables milésiennes. Je suis seulement fâché,

  1. « Le plus grand nombre des commentateurs s’accorde à douter que ce traité soit de Lucien. Le style dont il est écrit parait, en effet, très-éloigné de celui de notre auteur. On y remarque une affectation sophistique dans le langage et dans les pensées, une foule de locutions extraordinaires, de termes recherchés, de métaphores outrées et de mauvais goût. Quel que soit son auteur, le but qu’il s’est proposé est estimable, quoique les moyens qu’il emploie pour y parvenir ne soient pas toujours délicats. Il se propose d’attaquer le vice abominable dans lequel presque tous les Grecs étaient plongés. Plusieurs écrivains de l’antiquité se sont exercés sur le même sujet ; et, sans parler de Platon, de son Banquet et de son Lysis, Plutarque parait avoir composé dans la même intention son Traité sur l’Amour. Achillès Talius, dans son roman sur les Amours de Leucippe et de Clitophon, fait, aux chapitres x et xi du Ier livre, un parallèle semblable à celui de notre auteur. Voy. aussi Clément d’Alexandrie dans son Pédagogue, livre XI, chap. x, et Maxime de Tyr, Diss. XXIV et suivantes. » Belin de Ballu. — Cf. De Pauw, Recherches philosophiques sur les Grecs, t. I, p. 120. Bourdelot attribue ce dialogue à Aristénète, sur lequel on peut consulter l’Hist. de la lit. gr. d’Alexis Pierron, p. 465.
  2. Aristide de Milet, auteur de fables milésiennes, histoires généralement peu décentes.