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ALCYON OU LA MÉTAMORPHOSE



VI

ALCYON OU LA MÉTAMORPHOSE[1].




CHÉRÉPHON, SOCRATE.


[1] Chéréphon. Quelle voix, Socrate, est arrivée jusqu’à nous, de ces rivages et de ce promontoire ? Qu’elle est douce à l’oreille ! Quel est donc l’animal qui peut la produire ? Car on dit que les habitants des eaux sont muets.

Socrate. C’est un oiseau marin[2], cher Chéréphon ; on le nomme Alcyon, il a la voix gémissante et pleine de larmes : les hommes débitent à son sujet une fable antique. On dit que jadis femme et fille d’Éole, fils d’Hellen, elle pleurait amèrement un époux, objet de sa plus vive tendresse, mort à la fleur de l’âge : c’était Céyx, de Trachine, fils de Lucifer et d’une beauté égale à celle de son père : la volonté des dieux lui a donné des ailes ; et maintenant, semblable à un oiseau, elle vole le long des mers, cherchant son époux, et errant par toute la terre, sans pouvoir le rencontrer.

[2] Chéréphon. C’est Alcyon, dis-tu ! Jamais auparavant je n’avais entendu cette voix, qui m’est arrivée toute nouvelle. C’est un son vraiment lugubre que fait entendre cet oiseau : comment est-il donc fait, Socrate ?

  1. On doute que ce dialogue soit de Lucien ; on l’attribue à un certain Léon, philosophe académicien. Voy., sur la fable d’Alcyon et Céyx, Ovide, Métam., XI, v. 420.
  2. Voici la description qu’en donne le scoliaste : « L’alcyon est un oiseau de la grandeur d’un petit moineau franc, d’un plumage nuancé de différentes couleurs. Il est tout à la fois vert, bleu et un peu rouge ; son bec est petit, allongé et de couleur verdâtre : il vit le long des rivages de la Sicile : il ne pond que cinq œufs, et construit son nid avec des épines et des arêtes de poisson entrelacées, comme les fils d’une toile, et il n’y a que les hommes qui puissent le détruire ; aucun autre animal ne le peut. Ce nid, par sa forme, ressemble à un récipient de chimiste ; le fond en est sa partie la plus large ;