Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/157

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V


les deux sœurs qui se haïssaient.



Il avait une fois deux sœurs qui se haïssaient si bien, qu’elles ne pouvaient vivre ensemble, ni même se voir.

Une d’elles tomba gravement malade. Elle fit plier sa sœur de venir la voir.

— Oui, dit celle-ci, à présent qu’elle a besoin de moi, elle me fait dire d’aller la voir, pour la soigner ; mais je n’irai point...

Elle y alla pourtant.

— Pardonne-moi, ma sœur, dit la malade.

— Non, jamais !

— Pardonne-moi, te dis-je encore ; je vais mourir, et je ne veux pas m’en aller sans ton pardon.

— Je ne puis pas te pardonner...

— Au nom de Dieu, à qui tu devras, un jour, rendre compte comme moi, pardonne-moi, ma sœur !...

— Je te dirai bien que je te pardonne, si tu veux ; mais, dans mon cœur, je ne puis te pardonner.

— Eh bien ! je te donne ma malédiction.