Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/268

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


vieille sorcière que vous avez jetée dans le puits de son château, et que vous croyiez sans doute morte pour jamais ; — ne vous en souvenez-vous pas ? — Comme vous avez été toujours sage et bonne, et que vous avez beaucoup souffert, je suis venue à votre secours [1]. Prenez ma baguette blanche ; frappez-en vous-même trois coups sur la terre, là où vous êtes, et vous verrez ce qui arrivera.

Jeanne prit la baguette blanche, en frappa trois coups sur la terre, et aussitôt il s’éleva, par enchantement, à l’endroit même, une jolie petite chaumière, avec tout ce qu’il fallait pour un modeste ménage. La belle dame disparut alors.

Jeanne entra, tout heureuse, dans la chaumière, et son premier soin, à présent qu’elle avait des bras, fut d’essayer de donner à téter à ses enfants. Mais, hélas ! elle n’avait plus de lait. En ce moment, une biche aux mamelles gonflées de lait entra dans la maison et se mit à jouer avec les deux enfants, et ceux-ci se mirent à la téter, aussi naturellement que si c’eût été leur mère. Et la biche vint, dans la suite, deux fois par jour pré-

  1. Je crois qu’il serait plus naturel de faire intervenir en cette occasion la sainte Vierge qu’une sorcière, qui n’a nullement à se louer de la conduite de Jeanne à son égard, et ma conteuse a peut-être altéré ce passage. Quoi qu’il en soit, je donne scrupuleusement son récit, sans y rien changer.