Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/334

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


moment où elle posera le pied sur la cinquième marche, le douzième coup de minuit sonnera, et il lui faudra retomber dans l’abîme.

La vieille disparut alors, et Goulven alla se placer debout sur la sixième marche de l’escalier de la tour. Au premier coup de minuit, la dalle se souleva encore, et la princesse s’élança du gouffre, au milieu des flammes. Elle fit le tour de l’église, en criant et en hurlant, comme une bête féroce, puis, se jetant sur le confessionnal, elle le réduisit en poussière. Elle se précipita alors dans l’escalier de la tour, qu’elle remplit de feu. Goulven faillit s’évanouir et tomber de frayeur. Heureusement que le douzième coup de minuit sonna au moment où la princesse portait le pied sur la cinquième marche, et il lui fallut retourner aussitôt à l’abîme et s’y engloutir, en maudissant et en blasphémant Dieu.

Quand tout fut rentré dans le silence, Goulven redescendit de l’escalier, plus mort que vif ; il but un verre d’eau-de-vie, pour se réchauffer le sang, glacé par la frayeur, puis il se mit à fumer sa pipe, pour attendre le jour.

Il dîna encore avec le roi qui le combla d’éloges et de félicitations, et l’exhorta à monter là garde dans l’église pour la troisième fois.

— C’est bien mon intention, répondit Goulven, car je veux vous rendre votre fille, que vous avez