Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/349

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jamais bu. Mais il avait à peine aspiré deux ou trois gorgées que la cloche cessa de sonner, et dès lors il ne buvait plus que de l’eau.

— On assure, dit quelqu’un, que le Caric ann Ankou (le petit chariot de la mort) a été entendu, la semaine dernière, dans le village du Kerouez, la nuit même où est mort le bonhomme Kerboriou.

— Je l’ai entendu dire aussi, reprit Jolory. Je n’ai jamais vu Caric ann Ankou, bien que j’en aie souvent entendu parler. Il ressemble assez, assurent ceux qui l’ont vu, à nos petites charrettes de cultivateurs ; il est recouvert d’un linceul blanc, attelé de deux chevaux blancs et conduit par la Mort en personne, tenant en main sa grande faux, qui brille au clair de la lune, et même dans l’obscurité. L’essieu grince et crie toujours, comme celui d’une charrette qu’on ne graisse point. Il passe souvent, invisible, par les chemins ; d’autres fois aussi, on le voit, mais toujours on entend crier l’essieu. Ma mère m’a affirmé l’avoir entendu, maintes fois, passer devant notre maison, au carrefour du Kerouez.

Une nuit que mon père était rentré fort tard, revenant de je ne sais quel pardon (mon père, comme vous le savez, était sonneur) (ménétrier), et ayant bu de nombreuses chopines de cidre, selon son habitude, ma mère dit, pendant qu’il mangeait sa soupe, avant de se coucher :