Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/356

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cela — un lutin qui avait pris en affection le charretier et la cuisinière, Yves Troadec et Guyona Marzinn, et leur rendait toutes sortes de services. Il avait soin des chevaux, des bœufs et des vaches, renouvelait souvent leur litière et le foin, dans les râteliers, les étrillait, les lavait et les tenait propres et luisants. Aussi, l’attelage de Yves Troadec était-il le plus beau et le meilleur de toute la paroisse, et les vaches donnaient toujours du lait et du beurre en abondance, et Guyona et lui avaient les bonnes grâces de leurs maîtres, et cela à bon marché, car le lutin faisait presque toute leur besogne. Mais Guyona qui était alors jeune et d’humeur folâtre, s’avisa un jour de jouer au bon lutin un tour qui lui coûta cher, et, à Troadec aussi. Tous les soirs, l’hiver, quand tout le monde était couché, dans la maison, le lutin venait s’asseoir au coin du foyer, sur un galet rond et poli qui servait d’escabeau pour se chauffer, et Guyona avait soin de déposer pour lui, sur la pierre calcinée de l’âtre, une bonne crêpe de sarrasin ou un peu de bouillie frite au beurre, dans une écuelle, et de son lit elle pouvait contempler son serviteur, avec son chapeau à larges bords, et pas plus grand qu’un corrandon (nain), qui mangeait avec délices le petit souper préparé par sa gentille amie la cuisinière, puis se chauffait tranquillement, en écoutant les chants du grillon.