Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/361

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fait la partie à Penanhoat, près de la chapelle de Saint-Maudès, et je m’en retournais seul, vers trois heures du matin. Il me fallait passer par le chemin creux du Melehonnec, qui, comme vous le savez, jouit d’une assez mauvaise réputation, et qu’on dit fort mal hanté.

Ordinairement, quand la nuit est avancée, les journaliers et les artisans qui reviennent de leur journée aiment mieux faire un détour que de s’engager dans ce chemin. J’y entrai sans hésiter. La nuit était sans lune et sans étoiles, et il faisait noir comme dans un four. Vous savez que le chemin est encaissé des deux côtés par de hauts talus surplombant à pic et garnis de ronces, d’épines et de branchages d’arbres qui s’entrecroisent d’un côté à l’autre. De plus, il est si étroit, qu’une charrette peut y passer tout juste. Je trébuchais à tout moment contre des cailloux, et je jurais comme un Turc. Soudain, j’entendis un vacarme de diable, comme feraient une douzaine de lourdes charrettes pleines de ferrailles et lancées à grande vitesse sur un pavé inégal et cahoteux ; jet des cris effrayants, des lamentations, des pleurs et des malédictions, des grincements de dents se mêlaient à tout ce bruit. Puis je vis s’avancer sur moi (j’en frémis encore d’épouvante et d’horreur, quand j’y pense) quelque chose, comme une maison, ou plutôt une grande armoire de fer à