Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/362

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


cent compartiments, dont les battants et les tiroirs s’ouvraient et se refermaient avec fracas. Et cette machine de l’enfer remplissait le chemin, et des tourbillons de flamme et de fumée sortaient de chaque compartiment. Impossible de grimper sur le talus ou de se ranger à droite ou à gauche. Je me crus perdu. Je fis le signe de la croix et recommandai mon âme à Dieu. La machine, ou plutôt le monstre, passa si près de moi, que je me sentis rôtir et tombai, la face contre terre, pendant qu’il continuait sa route. Et j’assistai là à un spectacle que je n’oublierai jamais de ma vie, et quand je vivrais cent ans. Dans chacun des compartiments, qui étaient autant de fournaises remplies de flammes dévorantes, je vis pêle-mêle des hommes et des femmes tout nus, qui se tordaient dans des souffrances inouïes et tendaient vers moi des mains suppliantes et demandaient qu’on leur jetât quelques gouttes d’eau bénite ou un chapelet. Hélas ! je n’avais sur moi ni eau bénite ni chapelet, et quand j’en aurais eu, la force m’aurait manqué pour faire ce qu’ils demandaient. Des diables hideux les maintenaient et les secouaient dans le feu avec des fourches de fer.

Dans une de ces fournaises ardentes, je crus même reconnaître un de mes amis, Guilherm Manac’h, qui était mort il y avait environ six