Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/379

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Aussitôt après mon départ, Malo était monté à son cabinet, près de la meule, et s’était couché. Tôt après, une véritable armée de chats monta à l’assaut du moulin, avec un vacarme épouvantable. Le gros de l’armée se tenait sur le toit ; plusieurs avaient pénétré dans l’intérieur, par une lucarne restée ouverte, et même par la cheminée. C’était effrayant les cris qu’ils faisaient entendre. Ce n’étaient certainement pas des cris ni des miaulements de chats. Tout à coup, Malo poussa un cri aigu et appela au secours. Jeanne, qui couchait en bas, avec ses enfants, se leva et monta. Quel horrible spectacle s’offrit à ses yeux, la pauvre femme ! Elle trouva son mari tout sanglant, la figure lacérée et les yeux arrachés de leurs orbites ! Il mourut dans la journée, au milieu de souffrances atroces, délirant et répétant sans cesse : « Le chat noir !... Iouenn Ar Bleiz !... »

Le vacarme avait cessé ; tous les chats étaient partis, et le matou noir tué par Malo avait aussi disparu.

Quand on enleva le corps de Malo de son lit, pour le mettre dans sa bière, le chat du moulin, qui avait disparu depuis deux jours, se trouvait là. Et quand la bière fut clouée, il sauta dessus, fit entendre un affreux miaulement, comme un cri de joie féroce, puis sortit par la fenêtre. Et pendant tout le trajet du moulin au bourg de Lan-