Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/94

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cente créature. Touina se contenta de tourner la tête en pleurant et sans faire aucun effort pour l’arrêter.

Alors le vieillard lui dit :

— Rassurez-vous, Touina, et ne craignez pas pour la vie de votre enfant : le voilà, plein de vie et de santé, et sans avoir éprouvé aucun mal.

Et il lui remit son enfant, puis il ajouta :

— Ô sainte Touina, — car vous êtes une vraie sainte, — votre épreuve et vos douleurs sont terminées dans ce monde, et les miennes aussi, grâce à vous. Vous avez été fidèle à la promesse que vous aviez faite de ne jamais rien refuser à un mendiant, quoi qu’il pût vous demander, au nom de Dieu ; vous avez poussé le dévoûment jusqu’au sacrifice de votre enfant, et Dieu, touché de votre foi, vous accorde le pardon et à moi comme à vous. Je suis le vieil ermite de la forêt, vers qui vous aviez été envoyée par le Saint-Père, et qui vous repoussa si durement, en vous appelant « démon, » vous mettant ainsi le désespoir dans l’âme. Dieu, pour me punir, avait attaché mon sort au vôtre, et si vous aviez failli dans la terrible épreuve à laquelle vous avez été soumise, nous aurions été damnés tous les deux pour l’éternité. À présent, je vais mourir ici sur la place, et mon âme ira tout droit au ciel,