Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/96

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Adrien ; de saint Gily, saint Gilles ; de saint Alar, saint Éloi ; de saint Dominoc’h, saint Dominique, etc.

Le dénoûment de cette légende rappelle celui de Amis et Amiles qui fut très-populaire au moyen âge. (Quelques critiques croient que le fond en est historique et qu’il se rapporte à deux frères d’armes de l’armée de Charlemagne, dans la guerre de Lombardie. La version la plus ancienne en a été rédigée en vers latins, de 1090 à 1100, par Raoul Tortaire, moine de l’abbaye de Fleury. Mais la plus connue des œuvres inspirées par les aventures des deux amis est un poème français composé au XIIIe siècle.

Voici comment on peut analyser en peu de mots le poème en question.

Deux guerriers, tous les deux beaux, braves, et offrant une ressemblance parfaite de l’un avec l’autre, sont unis par les liens d’une étroite amitié. Ils s’appellent Amis et Amiles. Amiles est accusé par le traître Hardré d’avoir abusé de la fille du roi, et sommé de se laver de cette grave accusation par le duel judiciaire. Son ami se bat à sa place et sort vainqueur de l’épreuve. Mais celui-ci, Amis, est à son tour en butte aux disgrâces du sort : il est atteint de la lèpre. Amiles apprend alors que son ami ne peut être guéri qu’en arrosant ses plaies du sang innocent de jeunes enfants. Il n’hésite pas à sacrifier les siens. La guérison merveilleuse s’opère. Mais, lorsqu’on retourne dans la chambre des innocentes victimes, on les trouve jouant tranquillement sur leur lit avec des oranges.

Dans un conte des frères Grimm, intitulé le Fidèle Jean, nous trouvons aussi un vieux serviteur qui sauve la vie à son maître et se voit, plus tard, changer en statue de marbre, depuis les pieds jusqu’aux épaules, pour lui avoir révélé le secret du service qu’il lui a rendu. Le maître apprend qu’il peut délivrer son fidèle serviteur en l’arrosant du sang encore chaud de son enfant unique. Il sacrifie son enfant, arrose de son sang la statue de marbre, et son fidèle Jean est sauvé. Puis, quand le père et son ami retournent au berceau de l’enfant, ils l’y retrouvent plein de vie et qui leur tend les bras en souriant.