Page:Mémoires Saint-Simon tome1.djvu/108

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62 BATAILLE DE NEERWINDEN. [1693]

gens d'armes de la garde , fils unique de la sœur de ma mère , qui ne s'en est jamais consolée.

Les blessés furent : M. le prince de Conti , très-légèrement; le maré- chal de Joyeuse et le duc de Montmorency de même ; le comte de Luxe , son frère, dangereusement; le duc de La Rocheguyon , un pied fracassé, le chevalier de Sillery , une jambe cassée , qui n'étoit là qu'à la suite de M. le prince de Conti, dont il étoit écuyer; Fonville et Saillant, capi- taines aux gardes, dont deux autres furent tués; M. de Bournonville , dans les gens d'armes de la garde, fort blessé; M. de Villequier, fort légèrement.

Artagnan , major des gardes françoises et major général de l'armée , fort bien avec M. de Luxembourg et encore mieux avec le roi , lui porta la nouvelle et en eut le gouvernement d'Arras et la lieutenance générale d'Artois. Le comte de Nassau-Saarbriick eut le Royal-Allemand , qui vaut beaucoup; et le marquis d'Acier, devenu duc d'Uzès par la mort de son frère , eut ses gouvernements de Saintonge et d'Angoumois , d'Angou- lême et de Saintes , et son régiment. Albergotti , favori de M. de Luxem- bourg, neveu de Magalotti , lieutenant général et gouverneur de Valen- ciennes , porta quelques jours après le détail. Il s'évanouit chez Mme de Ifaintenon, et tout à la mode qu'il fût se fît moquer de lui.

Les ennemis perdirent le prince de Barbançon, qui avoit défendu Kamur; les comtes de Solars et d'Athlone, généraux d'infanterie, et plusieurs autres officiers généraux. Le duc d'Ormond, le fils du comte d'Athlone furent pris; Ruvigny l'a été et relâché dans l'instant; on n'a pas fait semblant de le savoir ; et grand nombre d'officiers particuliers. On estime leur perte à plus de vingt mille hommes. On ne se trompera guère si on estime notre perte à près de la moitié. Nous avons pris tout leur canon, huit mortiers, beaucoup de charrettes d'artillerie et de caissons , et quantité d'étendards et de drapeaux et quelques paires de timbales. La victoire se peut dire complète.

Le prince d'Orange , étonné que le feu continuel et si bien servi de son canon n'ébranlât point notre cavalerie , qui l'essuya six heures durant sans branler et tout entière sur plusieurs lignes , vint aux batteries en colère, accusant le peu de justesse de ses pointeurs. Quand il eut vu l'effet, il tourna bride et s'écria : «Oh! l'insolente nation! » Il com- battit presque jusqu'à la fin , et l'électeur de Bavière et lui se retirè- rent par des ponts qu'ils avoientsur la Cette, quand ils virent qu'ils ne pouvoient plus raisonnablement rien espérer. L'armée du roi demeura longtemps comme elle se trouva, sur le terrain même où elle avoit combattu; et vers la nuit marcha au camp marqué tout proche, le quartier général au village de Landen ou Land fermé. Plusieurs bri- gades prises de la nuit couchèrent en colonne comme elles se trouvè- rent , marchant au camp, où elles entrèrent au jour, et la nôtre fut de ce nombre.

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