Page:Mémoires Saint-Simon tome1.djvu/214

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168 TRAITÉ DE CASAL. [1695]

sept ou. huit lignes à une grande demi-lieue, là droite et le quartier général au village de Neckerau , la gauche au Necker , le centre et le cul aux ruines de Manheim; on avoit réparé comme on avoit pu avec des palissades celles de la citadelle , et on y travailloit encore. On y jeta six brigades d'infanterie avec Chamilly pour lieutenant général de l'armée, et Vaubecourt, maréchal de camp. L'embouchure du Necker dans le Rhin étoit tout à fait près de notre gauche. On demeura là deux jours, et tous sans exception réduits à la paille et à la gamelle des cavaliers, jusqu'à ce que le pont de bateaux fut achevé où Barbezières l'avoit marqué, et cependant on dressa une batterie de canons dans la première île. Enfin le 24 , toute l'armée repassa le Rhin sans que les ennemis eussent seulement fait mine de nous suivre , en sorte que tout se passa avec la plus grande tranquillité. Nous n'ouïmes plus par- ler d'eux de toute la campagne ; et le lendemain de ce passage le maré- chal de Joyeuse me permit d'aller à Landau , où je demeurai avec M. et Mme la maréchale de Lorges , jusqu'à ce que ce général s'alla remet- tre à la tête de l'armée.

M. de Vendôme promit de grandes choses , prit Ostalric , battit quel- ques miquelets, se présenta pour secourir Palamos que les ennemis assiégeoient , se retira aussitôt sans rien entreprendre, et ce qu'il n'avoit pu, l'arrivée de la flotte du roi sur ces côtes l'opéra, et Palamos par cela seul fut délivré du siège.

L'Italie ne fournit rien non plus que le siège de Casai, qui fut long-, à la fin, Grenan, lieutenant général qui en étoit gouverneur, capitula par ordre du roi. Le traité fut : que la place et le château seroient dé- molis, qu'il y demeureroit avec sa garnison jusqu'à la démolition entiè- rement achevée , qu'il seroit après conduit à Pignerol avec toutes ses troupes, et leurs armes et bagages, qu'il emmèneroit avec lui toute l'artillerie de la place et du château qui se trouveroit marquée aux armes de France , et que Casai seroit remise au duc de Mantoue comme à son seigneur naturel.

Les flottes ennemies bombardèrent nos côtes de Bretagne et de Nor- mandie. Saint-Malo s'en ressentit peu, Dieppe beaucoup davantage. Nos armateurs et nos escadres leur prirent force vaisseaux marchands, en battirent les convois et valurent force millions à notre commerce , au roi et à M. le comte de Toulouse.

Il se passa en Flandre des choses plus intéressantes. Ce fut d'abord un beau jeu d'échecs, et plusieurs marches du prince d'Orange et des corps détachés de son armée sous l'électeur de Bavière et sous le comte d'Athlone. Le maréchal de Villeroy avec la grande armée , le maréchal de Boufflers avec la moindre, le marquis d'Harcourt avec son corps vers la Meuse , et le vieux Montai vers la mer , régloient leurs mouve- ments sur ceux qu'ils voyoient faire ou qu'ils croyoient deviner. Montai, toujours le même , malgré son grand âge et la douleur du bâton , sauva la Kenoque et eut divers avantages l'épée à la main , en prit d'autres par sa capacité et sa prudence , et eut enfin Dixmude et Deinse avec les gar- nisons prisonnières de guerre.

Après diverses montres de difl'érents côtés et avoir menacé plusieurs

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