Page:Mémoires Saint-Simon tome1.djvu/360

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3l4 MARIAGE DES DEUX FILLES [1697]

ne parut à rien , sinon aux deux bals qu'elle vit commencer assise der- rière la reine d'Angleterre , et ne fut qu'une demi-heure à chacun. Le mardi, 17 décembre, toute la cour alla sur les quatre heures à Trianon, où on joua jusqu'à l'arrivée du roi et de la reine d'Angleterre. Le roi les mena dans une tribune où on montoit sur la salle de la comédie de chez Mme de Maintenon qui y monta aussi avec Monseigneur et Mme la duchesse de Bourgogne, ses dames et celles de la reine. Monseiigneur, Monsieur . Madame et tout le reste de la cour étoit en bas dans la salle. L'opéra é'Issé de Destouches, fort beau, y fut très-bienjoué; l'opéra fini , chacun s'en retourna , et par ce spectacle finirent toutes les fêtes du mariage.

M. de Vendôme , voyant la trêve en Catalogne et la paix assurée , avoit demandé et obtenu son congé de bonne heure , mais il n'avoit fait que saluer le roi , et s'en étoit allé à Anet se mettre sans façon et sans mystère entre les mains des chirurgiens. Il en avoit un pressant besoin , mais ils le manquèrent. Sa naissance devenue si à la mode et les succès de Catalogne lui avoient donné une audace qui ne ht depuis que croître. Il reparut à la cour le jour du dernier bal , et fut très-bien reçu du roi , et par conséquent de toute la cour.

Tessé avoit marié, l'année précédente , sa fille aînée à La Varenne, moyennant la lieutenance générale d'Anjou, qui étoit dans sa famille depuis Henri IV, qui la donna avec la Flèche à ce La Varenne si connu dans tous les Mémoires de ces temi)s-là pour avoir eu l'esprit et l'adresse de devenir une espèce de personnage , de marmiton , puis de cuisinier, enfin de porte-manteau d'Henri IV qu'il servoit dans ses plaisirs , et qu'il servit depuis dans ses affaires. Ce fut lui qui eut la principale part au retour des jésuites en France , et à ce magnifique établissement qu'ils ont à la Flèche, dont il partagea la seigneurie avec eux. Il s'y retira, à la mort d'Henri IV , très- riche et vieux et y vécut fort à son aise. C'étoit beaucoup la mode des oiseaux en ce temps-là, et il s'amusoit fort à voler. Une pie s'étant relaissée un jour dans un arbre , ou ne pouvoit l'en faire sortir à coups de pierres et de bâtons ; le vieux La Varenne et tous les chasseurs étoient autour de l'arbre à tâcher de l'en faire partir , lorsque la pie , importunée de tout ce bruit , se mit à crier de toute sa force a au maquereau , » et le répéta sans fin. La Varenne, qui devoit toute sa fortune à ce métier, se mit tout d'un coup dans la tète que , par un miracle , comme le reproche que fit l'âne de Balaam à ce faux prophète, la pie lui reprochoit ses péchés. Il en fut si troublé qu'il ne put s'empêcher de le montrer, puis, agité de plus en plus, de le dire à la compagnie; elle en rit d'abord , mais, voyant ce bonhomme changer beaucoup, puis se trouver mal, on tâcha de lui faire entendre que cette pie avoit apparemment appris à parler dans quelque village voisin et à dire cette sottise , et qu'elle s'étoit échappée, et s'étoit trouvée là. Il n'y avoit en efi'et pas autre chose à en croire, mais La Varenne ne put jamais en être persuadé. Il fallut du pied de l'arbre le ramener chez lui : il y arriva avec la fièvre et tou- jours frappé de cette folle persuasion; rien ne put le remettre , et il mourut en très -peu de jours. C'est l'aïeul paternel de tous ces La Va-

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