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ÉLOGE


DE M. TENON.


Lu dans la Séance publique du 17 mars 1817.




L’un des spectacles les plus nobles et les plus touchans qu’il nous ait été donné de contempler, n’est-ce pas celui de l’homme aux prises avec la fortune et avec la nature, et parvenant, à force de persévérance, à remporter sur l’une et sur l’autre des victoires durables. Tel a été, sous tous les rapports, le savant académicien dont j’ai à vous entretenir.

D’une complexion faible, condamné, presque dès l’enfance, à une vie courte et douloureuse, il a su se délivrer de toute infirmité, et vivre près d’un siècle sain de corps et d’esprit. Dépourvu, dans sa jeunesse, de moyens d’instruction, il a su s’en créer à lui-même, et il s’est élevé au rang de nos savans les plus illustres. Né dans la pauvreté, presque dans l’indigence, il a mieux fait que de s’enrichir : il est devenu, pour notre pays, l’un des principaux bienfaiteurs des pauvres, en améliorant les asyles du malheur ; et, comme s’il eût dédaigné tout ce qui n’était que personnel dans ces avantages, une partie de sa vie a été employée à faire connaître aux autres les moyens d’atteindre aux mêmes résultats. À quatre-vingt-dix ans, il traçait, d’une main que l’âge n’avait point encore glacée, cette offrande aux vieillards, où il leur dicte, pour la conservation de leur santé, les leçons d’une expérience si concluante, et en mourant, il a légué à celui qu’il savait devoir être chargé d’écrire son éloge, des Mé-