Page:Méric - À travers la jungle politique et littéraire, 2e série, 1931.djvu/54

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— Je crois, dit Malato, que nous avons quelques explications à échanger.

— Je le crois aussi, rugit Darien.

Ils entrèrent dans une salle voisine. On entendit d’abord quelques éclats de voix. Puis plus rien. Nous nous regardions effarés. Les minutes passaient. Quelqu’un dit :

— On va les retrouver en morceaux.

Soudain, ils apparurent, souriants, Darien tendant la main à Malato.

— C’est entendu, n’est-ce pas ?

— C’est entendu.

Ils venaient de prendre la résolution d’arrêter une polémique sans résultat, qui ne pouvait que divertir la galerie. Ainsi se termina cette homérique bataille.

Après ça, ma foi, je ne revis plus Darien. Il disparut de nos milieux. Il s’éloigna de ceux qu’il appelait dédaigneusement des « hongres ». On savait, cependant, qu’il habitait Paris et qu’il se trouvait dans une situation très précaire et l’on sut aussi qu’il était devenu radical-socialiste. Il fut même candidat aux élections législatives dans le douzième arrondissement. Hélas ! il ne recueillit à peine que quelques dizaines de voix. Sa forte encolure, ses gestes furieux, ses colères subites ne purent séduire les électeurs.

Et il fit un plongeon dans l’oubli. On apprit par la suite qu’il publiait un nouveau roman, L’Épaulette, où il essayait de racheter son antimilitarisme d’antan, et qu’il faisait jouer, dans un petit théâtre de faubourg, un grand mélo sur… l’affaire Steinheil.

Il faut dire, à sa décharge, que le pauvre homme n’avait pas le sou. Il fallait vivre.

Il eut, pourtant, une aubaine, dans les années qui précédèrent la guerre. On joua, au Théâtre Antoine, une