alors presqu’exclusivement de tories du plus vigoureux calibre ; il se recrutait parmi les marchands, les armateurs et les fonctionnaires ; les marchands et les armateurs rançonnant le peuple anglais sous la forme du monopole du commerce de bois, et les fonctionnaires tonsurant le peuple du Canada au moyen des places et des sinécures. Les Canadiens-français étaient alors représentés comme pauvres, ignorants et simples. Si on les compare avec la masse du peuple des États-Unis à cette époque, on peut leur enlever la prétention de se dire riches, sages et bien instruits ; mais, si on les compare avec la généralité de la population anglaise, dans le même temps, nous devons accorder aux Canadiens au moins l’égalité. Les rapports d’un homme politique, néanmoins, dans un pareil cas, ne sont pas autant avec le peuple qu’avec ceux qui ont le pouvoir de donner l’impulsion au peuple et de le conduire.
Les chefs des Canadiens-français, en 1834, tous l’admettront immédiatement à l’heure qu’il est, ont fait preuve d’une intelligence distinguée, d’un courage et d’une perspicacité qui les laissent à peine en arrière des vieux colons américains eux-mêmes. En saine raison et bon anglais, ces descendants de Français réussirent à vaincre le rhétoricien en chef du bureau colonial, ses subalternes, ses commissaires et ses gouverneurs. Le parti tory maintenait, à cette époque, que les Canadiens n’avaient pas de griefs qui valussent la peine d’être mentionnés, qu’ils étaient même heureux, satisfaits et légèrement taxés. Nous dirons que le vote du parlement impérial soutenant la spoliation de l’argent de l’échiquier canadien était suffisant pour soulever l’indignation des victimes. Où est la différence, en principe, entre cela et la cause immédiate de la révolution américaine ? Dans un cas, la mère-patrie a le trouble et les dépenses de percevoir ; dans l’autre, elle fait tomber la dépense de la perception sur les colons, et s’empare, sans cérémonie, à même le coffre-fort, du revenu net. Dans les deux cas l’argent fut pris sans le consentement du peuple ; mais, dans le cas relatif au Canada, la chose fut faite de la manière la plus commode, la