pouvoir aussi colossal et ambitieux. De sorte que si nous pouvons prédire, avec quelque certitude, que l’avenir nous réserve ces institutions, il est de notre devoir de nous préparer à subir un pareil changement. Plusieurs questions d’un intérêt vital ont surgi entre les deux sections de la province. Les réformistes du Haut-Canada réclament le système de la représentation basée sur la population appliqué à tout le pays. Les réformistes du Bas-Canada conviennent de la justesse du principe en lui-même et sont prêts à voter pour son adoption, à condition que les institutions particulières au Bas-Canada soient garanties et protégées par la constitution contre la possibilité de la destruction par une écrasante majorité du Haut-Canada. Le Bas-Canada considère qu’il a droit d’être représenté dans la législature d’après sa population active, ses manufactures, ses cours d’eaux navigables et ses centres de commerce. Le Haut-Canada demande à être représenté en considération des ressources immenses de son agriculture et de son active population, mais il établit sa réclamation principalement sur le nombre de ses habitants.
En référant aux rapports statistiques du département de l’émigration, on voit que sur 15,000 émigrants 1,000 seulement s’établissent dans le Bas-Canada. Les terres fertiles du Canada-Ouest sont le refuge de tous ceux qui sont désireux de posséder et de cultiver la terre. L’étroite lisière de terre propre au soc de la charrue des deux côtés du Saint-Laurent, en bas des rapides, n’offre pas à l’agriculteur de la Grande-Bretagne la perspective d’avantages suffisants, il continue donc sa route vers les régions attrayantes de l’ouest.
En conséquence, la majorité de la population du Haut-Canada s’accroît annuellement et doit atteindre d’énormes proportions. Il doit donc être admis qu’en vue d’une aussi grande augmentation de population, la province supérieure obtiendra, à une époque peu éloignée, l’augmentation de sa représentation. Douter de la justice d’une législation accomplie dans ses vues serait le comble de l’ignorance, mais le problème qui doit être résolu, est celui-ci : comment peut-on atteindre ce but sans attenter aux droits et aux privilèges de la section inférieure ? Dans tous les pays dotés du gouvernement consti-