tutionnel on ne dispute pas que le peuple est la source de tout pouvoir légitime. L’influence de l’opinion publique, — cette grande voix qui parle plus haut que les sénats, les ministres et les rois, — a une autorité juste, irrésistible et reconnue.
Dans les monarchies du nord de l’Europe, aussi petites qu’absolues, prévaut l’indépendance locale la plus complète ; et en Prusse l’autorité rigoureuse et exclusive de la couronne est tempérée par les institutions municipales qui ne sont pas indignes de l’une des nations les plus civilisées du monde. Dans la Nouvelle-Angleterre, les municipalités furent définitivement constituées dès 1650. L’indépendance de la paroisse était le noyau auquel les intérêts locaux, les passions, les droits et les devoirs se rattachaient. C’était le champ d’une vie politique réelle, des plus démocratique et républicaine. Les colonies reconnaissaient encore la suprématie de la mère-patrie, la monarchie était encore le gouvernement des États ; mais la république était déjà établie dans chaque paroisse ou municipalité. Les villes nommaient leurs propres magistrats, les payaient et prélevaient elles-mêmes leurs taxes. Ce système d’indépendance municipale est la source et le principe vital de la liberté américaine, à l’heure qu’il est. On ne peut nier qu’un tel système d’indépendance locale est un puissant instrument d’éducation sociale et un principe de cohésion agissant sur la communauté. Là se trouve la seule solution possible de nos difficultés au sujet de la représentation basée sur la population. En admettant ce principe nous concédons tout simplement ce que le parti libéral a toujours approuvé. En nous assurant les garanties nécessaires pour cette partie de la province par un plan bien mûri de gouvernement local et responsable, perfectionné sur celui des États-Unis, ou quelques-uns des États du nord de l’Europe, nous concilierions nos préjugés respectifs et nous en arriverions à une conclusion avantageuse à tous et qui servirait à cimenter ce bon entendement et cette harmonie qui devraient exister entre le peuple des deux sections de cette province, entre protestants et catholiques, entre les origines française et anglaise.