Page:Maindron - Dans l’Inde du Sud.djvu/124

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rique dressée contre un hangar misérable sont mes seuls sujets de distraction dans ce bas-fond, infesté de moustiques. Si je lève les yeux, j’aperçois le phare de vigie qui, pareil à un énorme mirliton, lève vers le ciel, uniformément bleu pur, sa plateforme où le drapeau tricolore pend le long de sa hampe à pomme ronde. L’image de la patrie lointaine semble ici être l’emblème de la nostalgie somnolente dont je souffre. Sur la balustrade de fer, l’éternel aigle roux à tête blanche demeure perché, poussant de temps à autre son cri mélancolique et hautain. Cette forme tangible de Garouda pleure, peut-être, le temps où le dieu Vishnou s’élançait, monté sur son dos, de la grande pagode de Pondichéry qui fut détruite de fond en comble à l’instigation du Suisse Paradis et de la femme de Dupleix. Quand l’aigle Garouda s’envole, il ne me reste plus rien à regarder de vivant.

Mais, me direz-vous, vous n’avez qu’à demeurer à l’étage, ou même au sommet de l’hôtel, sur la dernière terrasse. Là, pareil à Siméon le Stylite, vous vivrez exposé aux quatre vents du ciel, auxquels président Niroudi, Aguini, Yamen, et aussi Varounin, Vayou, Isanien,