Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, II.djvu/168

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liv. ii.
Cult. industrielles : des plantations de bordure, etc.

fruitiers. — Il est essentiel de disposer alors ces plantations en quinconce, d’espacer beaucoup les arbres, comme de 30 à 36 pieds (10 à 12 mèt.) en tout sens, de les choisir élevés et élancés et de les maintenir dans cette direclion, de ne faire ces plantations que dans un bon sol. Quelques agronomes, qui proscrivent généralement les plantations en plein, préfèrent celles en ceinture sur deux rangs. — Dans la plantation d’un verger, on doit placer au nord et à l’ouest les espèces et les variétés qui s’élèvent le plus, afin qu’elles protègent les autres arbres. Si le verger offre diverses pentes, on doit aussi mettre au nord les variétés à fruits précoces, qui arriveront encore à maturité à temps, ou avec les autres arbres mieux situés, mais plus tardifs.

L’établissement des vergers agrestes et des plantations d’arbres à fruits doit être considéré comme l’une des plus importantes améliorations d’un domaine et l’une de celles dont il convient de s’occuper le plus tôt. On ne peut guère compter sur le fermier, qui n’occupe la terre que temporairement, pour ce genre d’amélioration, à moins qu’il ne reçoive du propriétaire des encouragemens extraordinaires.

Nous ne devons pas omettre de citer ici une foret fruitière, fait qui mériterait peut-être de trouver des imitateurs. M. Guyon de Saint-Victor possédait dans l’arrondissement de Toul (Meurthe) un bois, dit le Bois-Monsieur, dans lequel il existait un nombre très-considérable d’essences fruitières, principalement Pommiers, Poiriers, Koetschiers et Noyers ; il conçut le projet, tout en conservant le taillis en nature de bois, de convertir la futaie en verger, et, quoique les 600 mille pieds d’arbres qui s’y trouvaient excédassent de beaucoup le nombre qui devait couvrir le terrain, il ne les greffa pas moins dans le dessein de les vendre comme plants de pépinières. Il a fait connaître (Annales de la Société d’horticulture de Paris, mai 1830) que plusieurs agriculteurs ont préféré ces plants comme plus robustes que ceux sortant des pépinières ; quant aux arbres destinés à porter fruit, il annonce que leur venue était alors en général aussi belle et aussi forte que dans les vergers ordinaires ; que cette position abritée semble plus favorable à la fructification ; que les arbres y souffrent moins des sécheresses et des chaleurs, et que si les pommes, les poires, au moment de la cueillette, sont moins succulentes, elles acquièrent bientôt un plus haut degré de qualité, sont plus saines, plus de garde, plus fermes, et, par conséquent, supportent mieux le transport et se conservent plus longtemps.

À part les considérations de sol et d’exposition qui doivent être consultées d’abord pour le choix des arbres destinés à composer les vergers agrestes et les plantations de bordure, leur produit principal est ce qui doit ensuite diriger, et on doit, à cet effet, tenir compte de la situation, des usages, des ressources et des débouchés du pays.

Sous le rapport de leurs produits, les plantations de bordure peuvent se partager en trois classes : 1° celles productives de bois qui offrent souvent de grands avantages dans les pays où le bois n’est pas commun, sur les bords des rivières et ruisseaux et dans les terrains humides ou inondés, autour des herbages fréquentés par les bestiaux, sur les lisières des terres qui, naturellement très-sablonneuses, se dessécheraient trop, si l’ombre de ces plantations ne diminuait l’ardeur du soleil : c’est ce qui se voit dans le pays de Vaes en Belgique et ailleurs. Ces bordures peuvent former ou des haies. (Voy. tome I) ou des oseraies (Voy. l’art. Saule, tome IV), ou des taillis (Voy. Agric. forest. tome IV, ou enfin des têtards : ce sont des arbres qu’on étête à une plus ou moins grande hauteur de la surface du sol, et dont les rejets sont coupés rez tronc tous les 3, 4 ou 5 ans, pour faire des échalas, etc. ; les saules, les peupliers, les frênes, pour les lieux humides, les ormes, les chênes et bien d’autres qui ont été indiqués à leur article spécial, reçoivent cette utile destination.

2° Les bordures productives de fourrages ; les arbres qui donnent les meilleurs produits de ce genre ont été indiqués dans le chap. des Végétaux à fourrages (tome I). On peut y ajouter le Mûrier (V. ci-devant).

3" Les Plantations productives de fruits sont les plus importantes ; elles comprennent en 1re ligne les Pommiers, les Poiriers, les Noyers ; et en 2e ligne, ou pour certaines contrées seulement, les Cerisiers, les Pruniers, les Noisetiers, les Châtaigniers, les Amandiers, les Figuiers, les Oliviers, etc., dont la culture n’offre rien de spécial, ou dont il a été traité dans les articles précédens.

Les soins de formation et d’entretien d’un verger agreste varient selon les arbres qui le composent. Il en est de généraux qu’on doit appliquer à toutes ces plantations ; la sagacité du lecteur les discernera facilement dans les principaux articles qui précèdent, et où il était plus essentiel de ne pas les omettre. Il ne reste plus ici qu’à parler des insectes les plus nuisibles dans les vergers, et à indiquer les principaux moyens de les détruire.

Les insectes nuisibles dans les vergers sont très-nombreux ; mais c’est surtout à l’état de chenilles qu’ils exercent les plus grands ravages. L’une des plus désastreuses est celle du Bombyce commun (Bombyx chrysorrhoea, L.), longue de plus d’un pouce, qui désole presque tous les arbres, surtout les poiriers et pommiers ; elle se réunit en communauté dans des coques où elle passe l’hiver ; il faut donc écheniller avant qu’elle les quitte, entre février et mars, et par un temps froid et pluvieux qui force les chenilles à se tenir rassemblées. La chenille de l’hyémale (Phalæna brumata, L.) cause aussi d’extrêmes dégâts, certaines années, aux pommiers : on peut, ainsi que d’autres espèces, la faire tomber des branches en les frappant de coups secs et redoublés ; la fumée de paille mouillée qu’où brûle en y ajoutant des pincées de fleur de soufre, suffoque aussi cet insecte. La Noctuelle, les Chenilles Arpenteuses ou Géomètres, les Bombyces processionnaires, etc., sont encore fort nuisibles. — Beaucoup d’insectes Coléoptères, surtout des Charançons, Becmares, Rhynchènes, Attelabes, etc., exercent des ravages également redoutables sur les fruits de nos vergers, qu’il est fort difficile de préserver de leurs atteintes.