Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, II.djvu/169

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
chap. 13e.
155
Des végétaux non encore cultivés.

Mais le plus redoutable des insectes, surtout pour les pépinières et les jeunes plantations de pommiers, c’est le Puceron lanigère (Mioxilus mali, Blot.), qui parait originaire d’Amérique, d’où il est passé en Angleterre et ensuite en France. Cet insecte est recouvert d’une espèce de duvet blanc qui donne aux jeunes rameaux et aux écorces tendres, auxquels il s’attache de préférence, l’apparence qu’ils sont couverts de givre. Il les suce, fait naître des bosses ou exostoses, qui altèrent l’organisation végétale, arrêtent la marche de la sève, et occasionnent souvent la perte des arbres et la ruine complète des pépinières. Parmi les nombreux moyens indiqués pour le détruire, le moins coûteux et l’un des meilleurs est de laver les arbres attaqués avec de la lessive, dont on imbibe et frotte avec un linge ou une éponge les parties malades ; le lait de chaux vive fait aussi périr ce puceron, mais l’application, qui doit en être faite avec une brosse, est moins facile. Le moyen indiqué comme préférable par la commission de la Société d’horticulture de Paris, consiste à faire des lotions d’huile essentielle ou volatile du goudron de houille, qu’on peut se procurer à bon marché chez les droguistes et chez les fabricans de goudron.

On sait que toutes les huiles sont mortelles pour les insectes, parce qu’elles bouchent les trachées par lesquelles ces animaux respirent. Le nettoiement des écorces et l’enlèvement des mousses pendant l’hiver, détruisent une grande partie de la génération future de nombreux insectes : c’est donc un des meilleurs moyens pour en empêcher la propagation ; les arbres offrent alors aussi moins de lieux de retraite pour attirer et retenir ces animaux nuisibles.

Nous ne devons pas nous étendre ici davantage sur ce sujet, et nous renverrons au dernier Chap. du T. I. pour de plus amples détails, comme pour tout ce qui est relatif aux Hannetons et à leurs larves, les vers blancs ou mans. Quant aux chenilles qui composent la classe entomologique la plus redoutable dans les vergers, nous recommanderons de nouveau avec instance l’échenillage, soit avec la serpe, soit plutôt avec les diverses sortes d’échenilloirs qui permettent d’abattre les paquets de chenilles très-promptement et sans monter sur les arbres.



Chapitre XIV. — Des végétaux indigènes non cultivés et de ceux récemment introduits, dont on pourrait utiliser les produits.

Les végétaux les plus précieux de notre agriculture sont nés de plantes sauvages dont, pour la plupart, nous avons encore les types sous les yeux, et qu’une longue culture a considérablement modifiés et améliorés ; d’autres sont issus de plantes exotiques également sauvages et pareillement améliorées. Nul doute que parmi les végétaux indigènes et exotiques non encore soumis à la culture, il en existe plusieurs qui pourraient l’être avec avantage. Il en est aussi dont on pourrait avec profit recueillir les produits naturels, et qui sont assez communs dans certaines localités pour qu’on ne doive pas négliger d’en tirer parti. — Les essais déjà tentés sont encourageans sous ces deux rapports ; et ce qui doit encore contribuer à diriger les tentatives des agriculteurs de ce côté, ce sont les prix de 2,000 et de 1,000 francs proposés par la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, pour l’introduction en France et la culture de plantes utiles à l’agriculture ou aux arts.

Nous allons indiquer sommairement ceux de ces végétaux qui ont déjà été l’objet de recherches fructueuses, ou qui semblent donner les espérances les mieux fondées.

Section I. — Plantes fourragères.

Le Sainfoin du Caucase (Hedysarum caucasicum, Marsch.) est une belle plante vivace, introduite à Paris en 1831, à tiges droites, hautes de 1 à 2 pieds. Indépendamment de son emploi comme plante d’ornement, elle parait présenter de grands avantages en la cultivant comme fourrage, à cause de sa précocité et du développement ainsi que des qualités de ses feuilles et de ses tiges ; elle pourrait être employée comme fourrage sec, ou donnée en vert, car elle repousse facilement après avoir été coupée. Cette plante se plaît sur les montagnes, dans les terrains pierreux et sablonneux ; elle ne redoute rien des froids les plus rigoureux ; elle développe l’une des premières, au printemps, ses feuilles et ses fleurs. Celles-ci s’épanouissent depuis avril jusqu’à la fin de mai, et les graines mûrissent à la fin de juin ; en août et septembre, elle donne de nouvelles fleurs. On la multiplie facilement de graines qu’elle fournit abondamment.

Galegas, plantes vivaces de la famille des Légumineuses, hautes de 3 à 4 pieds, dont les deux espèces qu’où cultive en pleine terre croissent dans tous les terrains, même les plus médiocres et sans profondeur, et ne craignent ni les froids ni la sécheresse. Le Galega officinal ou Rue-de-Chèvre (Galega officinalis, L.) a été recommandé à l’art. Prairies (V. Tome I, p. 517). — Le Galega d’Orient (G. orientalis, L.) n’a peut-être pas été essayé en grand, et il n’est guère cultivé que pour la décoration des grands jardins ; mais s’il est moins vigoureux que la 1re espèce, sa grande précocité, puisque ses feuilles se développent pour ainsi dire sous la neige, le rendent très-précieux pour la nourriture des bestiaux, auxquels il fournit un fourrage vert à une époque où il est fort rare ; ou peut aisément en obtenir deux coupes dans l’année après l’avoir fait brouter sur place au printemps. Cette plante donne des graines en assez grande quantité : 40 ou 45 livres suffisent pour ensemencer un hectare.

Pâturin du Chili (Poa chilensis, Desf.), plante graminée, introduite à Paris en 1829, annuelle, très-vigoureuse et rustique, à tiges